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47 jours dans la peau d'une journaliste.

“Waouh, tu es forte ma belle ! C’est trop parfait. En plus, tu l’as aussi fait en anglais. Bravo ! Il te faut faire un stage à Mousso News ! Dis-moi si ça t’intéresse.”

Il y a quelques mois, j’ai participé à un forum sur le leadership féminin (WoLAf7), à la suite duquel j’ai écrit un article pour résumer mon expérience. J’ai partagé le lien du post avec ma mentore, qui l’a beaucoup apprécié et m’a proposé d’effectuer un stage dans une presse en ligne dirigée par l’une de ses grandes sœurs. J’ai accepté tout de suite, car c’était une occasion en or de me familiariser avec le domaine de la communication et des médias en général. J’ai déposé ma demande et j’ai été contactée pour commencer la semaine suivante. C’est donc ainsi que j’ai débuté cette toute nouvelle aventure que j’aimerais partager avec vous aujourd’hui. Merci de vous joindre à moi. Bonne lecture.



  • Des articles de blog, ce ne sont pas des articles de presse.

J’ai commencé mon stage dans la matinée du lundi 14 avril 2025. Après la réunion, j’ai pu rencontrer la promotrice de la presse en ligne, avec qui j’ai échangé pendant quelques minutes. Elle voulait savoir si j’avais des bases en écriture, et plus précisément en écriture journalistique. J’hésitais à répondre, car écrire, oui j’écris (beaucoup), mais est-ce pareil ? C’est alors qu’une collègue m’a dit :

— « Envoie-lui le lien vers ton blog... »

Ce à quoi la promotrice a répondu :

— « Des articles de blog, ce ne sont pas des articles de presse... »


Elle avait bien raison. Le blogging et le journalisme sont deux styles de communication assez différents. Le métier de journaliste est beaucoup plus exigeant et soumis à de nombreuses règles, contrairement à celui de blogueur. Même si, dans les deux cas, il faut toujours faire preuve d’éthique et de déontologie en ne relayant pas d’informations fausses ou dans le but de propager la haine. En journalisme, on ne dit pas "je", c’est-à-dire qu’on ne donne pas son avis. La démarche repose sur la vérification systématique des sources et le recoupement des informations. Ses responsabilités s’étendent à la lutte contre la désinformation. Le journaliste analyse, décrypte et contextualise les sujets d’actualité pour offrir au public une compréhension des enjeux sociétaux. Le blogueur, lui, est beaucoup plus "libre" et peut s’arrêter au stade de l’opinion personnelle.

La blogosphère est davantage faite d'opinions que d'analyses.

Même si beaucoup de blogueurs aujourd’hui font preuve de rigueur dans leur production. Côté rémunération, les journalistes sont payés à l’article, au reportage, ou touchent un salaire fixe à la fin du mois, tandis que les blogueurs sont rémunérés de manière plus diversifiée : cela peut être par affiliation, en offrant des services, la vente de formations, la rédaction d’articles sponsorisés, les publicités, les coachings, etc.


Un autre point : de la même façon que la promotrice disait qu’« il n’y a pas de journaliste de bureau », il y a de moins en moins de « blogueurs de bureau ». Les blogueurs ne sont plus ceux qui commentent le monde uniquement à travers leurs petits écrans, mais ils sortent aussi, échangent, vivent des expériences et s’en servent pour nourrir leurs articles, les complétant parfois par des recherches. Dans ce sens, ils se rapprochent plus de la chronique, qui est elle aussi une branche du journalisme dans laquelle le chroniqueur peut s’exprimer à la première personne et partager ouvertement ses coups de cœur comme ses indignations, mais toujours de façon encadrée.



Mon stage n’étant pas prévu pour durer longtemps, nous avons décidé de mettre l’accent sur les principales qualités que je souhaitais développer. Elles étaient au nombre de trois : l’animation, la gestion des réseaux sociaux et la rédaction d’articles de presse. J’ai choisi l’animation en premier, car, pour ceux et celles qui me suivent depuis un moment, vous vous rappelez peut-être de notre rubrique #iiaskyou. Je l’ai mise en pause depuis quelque temps pour des raisons personnelles, mais aussi dans le souci de revenir plus équipée. Et pour cela, il me fallait développer davantage de compétences. C’est ainsi qu’est née la rubrique #AvisDeJeunes, qui est une série de micro-trottoirs que j’ai animée pendant cinq semaines. Et comment dire, c’était un exercice, je dirais... très stimulant.


À la différence des interviews, les micro-trottoirs (MT) sont beaucoup plus bruts. Vous avez votre sujet, vous avez une idée de votre public, mais vous ne savez jamais à quoi vous attendre une fois que vous montez sur le terrain. Au cours des cinq épisodes que j’ai tournés, j’ai interrogé une vingtaine de personnes, mais j’en ai approché presque le double. Beaucoup refusent de donner leur avis, surtout quand une caméra est braquée sur eux, mais comme je l’ai compris au fur et à mesure, cela dépend aussi de l’approche du journaliste et du sujet abordé. Mais dans tous les cas, des alternatives existent : vous pouvez proposer de masquer les visages, de changer les voix ou d'utiliser des noms d’emprunt. Je ne l’ai pas fait, parce que je voulais transmettre une connexion plus directe au public, même si cela rendait la tâche un peu plus compliquée. Voici quelques conseils que je pourrais partager suite à mon expérience :


  1. Préparez-vous à l'avance : avant chaque MT, je préparais le scénario dans ma tête, mais aussi sur papier, en rédigeant le script. Ça me permettait de savoir quoi dire et quand, et de moins stresser. Parce que oui, il n’y a pas que les interviewés qui stressent (rires). Assurez-vous également que votre matériel est chargé et prêt à l’emploi.

  2. Analyser votre cible : pour chaque sujet, vous devrez analyser votre cible à l’avance. Vous ne demanderez pas à des végétariens s’ils préfèrent le bœuf ou le mouton. De la même manière, il est très important de réfléchir au lieu et au public que vous allez questionner.

  3. Soyez bienveillants : la plupart des gens n’ont pas peur des caméras, mais de la manière dont leurs propos seront interprétés et si cela pourrait leur porter préjudice par la suite. Soyez bienveillants dans votre approche. Pour les sujets sensibles ou personnels, discutez un peu avec les personnes concernées et recueillez d’abord leur consentement. Si vous remarquez que l’intéressé(e) divague ou fait des fautes, ramenez-le/la doucement vers le sujet. Assurez-vous qu’ils apparaissent à leur avantage et reprenez le tournage autant de fois que nécessaire. Ce sont des détails ? Oui, mais des détails qui font la différence.

  4. Ne forcez pas trop : certaines personnes ont besoin d’être un peu encouragées, d’autres sont catégoriques, et d’autres encore sont très timides. Ils ne veulent pas vous dire non, même si c’est ce qu’ils pensent. Ils peuvent accepter de répondre, mais vous sentirez que leur énergie est basse, comme s’ils se sentaient obligés. Dans ces cas-là, ne forcez pas. S'ils acceptent quand même de se laisser filmer, montrez-leur la vidéo ensuite et, si cela ne leur convient pas, supprimez-la devant eux.




  • “Le journalisme, c'est un sacerdoce et il n'y a pas l'argent dedans...”

Le 7 mai 2025, soit exactement trois semaines après le début de mon stage, j’ai reçu ce message d’un ami, lui-même ancien journaliste :

“J’ai vu que tu fais du journalisme. Bon courage à toi sur cette voie. C’est un beau métier. Avec la passion, tu pourrais même négliger le fait que ça ne nourrit pas vraiment son homme sous nos cieux...”

Pas très encourageant, ai-je répondu. Mais il n’avait pas tout à fait tort. D’ailleurs, la promotrice avait elle aussi dit un jour : « Le journalisme, c’est un sacerdoce, et il n’y a pas d’argent dedans. » Sur le moment, je ne savais pas trop comment recevoir cette information. Mais j’y ai longuement réfléchi, en essayant de me projeter. Est-ce que je suis suffisamment passionnée pour accepter qu’il n’y ait pas d’argent dedans ? Et pourquoi est-ce ainsi, d’ailleurs ? Parce qu’en Europe, par exemple, le salaire d’un journaliste varie entre 1 295 000 FCFA pour un débutant et 1 560 000 FCFA pour un expert par mois (source : Indeed). C’est vrai que le coût de la vie n’est pas le même, mais je pense que cela ne justifie pas non plus que les salaires soient trop bas. Ne dit-on pas qu’un homme qui a faim n’a point d’oreilles ? Le danger, c’est que cela peut affecter l’éthique et l’intégrité. Après tout, on ne paie pas les factures avec la passion. Tout travail devrait permettre de nourrir son homme.



  • 1 article par jour

Au début de mon stage, l’objectif avait été fixé : écrire au moins un article par jour. Sans compter ma première semaine, cela ferait 25 articles sur les six semaines restantes. Objectif que je pense avoir atteint. J’ai rédigé environ une quarantaine d’articles, dont 33 ont été publiés. La plupart étaient des réécritures, avec trois reportages (🟣).


J’ai aussi effectué la veille médiatique pendant une semaine. Cela consiste à surveiller, collecter et analyser les informations diffusées par les médias traditionnels et numériques. Elle permet d’identifier les tendances, d’anticiper les crises et de saisir les opportunités de communication. De façon plus simple, il s’agissait de faire chaque matin un tour des médias nationaux et internationaux, de répertorier les sujets d’actualité en lien avec notre ligne éditoriale, afin de choisir ceux à traiter dans la journée. Pour quelqu’un qui n’était (et n’est) pas très fan des infos en continu, j’avoue que c’était assez particulier comme expérience.


Voir la liste complète des articles : 👇🏽


Mon stage s’est terminé le 30 mai 2025. J’ai donc totalisé 47 jours, 47 jours dans la peau d’une journaliste. Pendant ces sept semaines, j’ai rencontré énormément de personnes, vécu de belles expériences et assisté à de nombreux événements auxquels je n’aurais sûrement pas participé dans d’autres circonstances. Nous avons clôturé avec un repas communautaire le 12 juin, célébrant du même coup deux anniversaires dans la rédaction. Nous avons ensuite reçu une formation en intelligence artificielle, et j’ai animé un panel modéré par une collègue stagiaire, sur le thème : Pourquoi suivre sa passion ? Je reviendrai probablement dessus dans un prochain article.


En attendant, je suis reconnaissante pour tout ce que j’ai appris et fière d’avoir pu partager mes connaissances aussi. J’adresse mes sincères remerciements à ma mentor du WoLAf, à la promotrice de Mousso News, à mes collègues. À toutes celles et ceux qui m’ont encouragée pendant ce mini-parcours, merci pour vos retours, vos suggestions et vos partages. Et merci à vous, chers lecteurs, de m’avoir lue. J’espère avoir réussi, à travers ces lignes, à mettre un peu plus en lumière le métier de journaliste.

“Je crois toujours que si votre objectif est de changer le monde, le journalisme est une arme à court terme plus immédiate.” — Tom Stoppard.

Serai-je, dans le futur, journaliste, chroniqueuse ou resterai-je blogueuse ? L’avenir nous le dira, inshaAllah. Que Dieu vous bénisse, prenez soin de vous.

Une dernière chose avant de partir... Si vous avez apprécié ce post, je vous demanderais de bien vouloir prendre quelques secondes supplémentaires pour cliquer sur le bouton "j’aime", commenter ou partager. C’est ainsi que je peux savoir que mon travail est vraiment utile. Dieu vous bénisse.

Sources :


1 commentaire


Carelle OUEDRAOGO
Carelle OUEDRAOGO
03 juil. 2025

Merci pour ton partage si inspirant. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ton témoignage et à découvrir ton beau parcours du blog au journalisme. C’était vraiment enrichissant 🫶🏾.

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